« 1 mars 1848 » [source : MVH, 9026], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4355, page consultée le 08 mai 2026.
1er mars [1848], mercredi matin, 8 h.
Bonjour, mon bien-aimé, bonjour, mon noble et généreux homme, bonjour. Comment vas-tu ce matin ? As-tu pu dormir enfin ? Pour moi je dors mais je dors mal, c’est-à-dire que je me réveille d’heure en heure et plusieurs fois encore dans l’intervalle. Aussi mes nuits me fatiguent-elles plus qu’elles ne me reposent. Cependant il faudra bien que cela rentre dans l’état normal et que je reprenne le dessus. Dès que j’aurai fini d’écrire mes impressions et mes souvenirs des trois dernières glorieuses je te prierai de me donner à copier1 ; il n’y a que cela qui puisse me remettre tout à fait de mes émotions de la semaine passée. En attendant je tâche de renouer toutes mes ficelles relâchées pour n’avoir pas l’air d’un polichinelle malade. Je voudrais prendre quelque chose de TONIQUE, est-ce que vous pourriez m’en offrir ? J’accepterai avec reconnaissance et avec joie un CORDIAL2 qui me remettrait d’aplomb sur mes jambes de coton. Tout ceci sans préjudice du bonheur que j’aurais à contribuer à t’aider à faire une bonne action. Mais hélas j’en doute l’Académie ne s’en rapporte pas à la seule qualité de l’action, il lui faudra la QUANTITÉ et la PUBLICITÉ comme si la pudeur n’était pas la première vertu de la charité. Enfin tu fais bien de le tenter et pour ma part je t’en suis bien reconnaissante3. Si je pouvais t’en aimer davantage cette nouvelle générosité m’y pousserait mais il y a longtemps que mon cœur déborde et qu’il n’y a plus moyen d’y ajouter une seule goutte de quoi quea ce soit, ni admiration, ni amour, ni adoration. Je t’aime par-dessus les bords.
Juliette
1 Juliette Drouet, n’est pas restée à l’écart des événements de février. Priée par Victor Hugo de consigner ses observations, elle a recueilli rigoureusement ses choses vues ainsi que les impressions de ses proches. Le récit de ces témoignages est réuni dans un ouvrage édité par Gérard Pouchain. (Juliette Drouet, Souvenirs 1843-1854, texte établi et annoté par Gérard Pouchain, Paris, Des femmes, 2006.)
2 Breuvage qui stimule le fonctionnement du cœur.
3 Visiblement, Juliette Drouet évoque ici le prix Monthyon – prix de vertu décerné par l’Académie française –, et les efforts de Victor Hugo pour le faire attribuer à Adeline Castanet, ouvrière ayant recueilli à son domicile deux orphelins.
a « quoique ».
« 1 mars 1848 » [source : MVH, 9027], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4355, page consultée le 08 mai 2026.
1er mars [1848], mercredi matin, 11 h.
Je vais de ce pas chez M. Triger. Je ne
sais pas si je le trouverai mais je suis décidée à l’attendre dans le cas où il
devrait rentrer dans la journée. Je crains qu’il ne se refuse à me faire cette lettre
par des raisons de prudence exagérée ou s’il y consent qu’elle ne puisse pas te servir
à cause de ton insuffisance. Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas plus de confiance
dans le courage et l’éloquence de ce brave père Triger qui cependant au fond est un bon et honnête homme. J’ai tort je
lui en demande d’avance pardon au fond de mon cœur. Ce qu’il y a de sûr c’est que
jamais récompense ne serait arrivée à une plus digne et plus vertueuse femme que celle
dont tu t’occupes aujourd’hui. Dans le cas où M. D.1 viendrait tantôt à la maison
j’ai dit à Suzanne de m’attendre s’il
pouvait. Maintenant, mon adoré, je ne veux pas partir sans te dire à quel point tu
es
mon bonheur, mon orgueil, ma joie, ma vie, mon âme, je t’aime, je te bénis, je
t’adore.
Voici une lettre de Mme Luthereau. Je ne t’attends [pas]
pour l’ouvrir dans mon impatience de savoir des nouvelles. Il est impossible que cela
te fâche et je cède à ma curiosité. Du reste tu la liras mais tout cela est fort
triste. En attendant je te baise du fond du cœur.
Juliette
1 M. Démousseau.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
